Revue Jubël : Numéro 7
- L'état des choses
- Ce que disent les textes
- Parole de bâtisseur
- La question qu'on n'ose pas poser
L'état des choses
Septembre 2026 : un accord en poche, les lumières éteintes
Le 1er septembre, après deux semaines de négociations, le Sénégal et le Fonds monétaire international ont conclu un accord au niveau des services pour une facilité élargie de crédit de 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois. L'accord doit encore être approuvé par le conseil d'administration du Fonds. Il intervient sans restructuration de la dette, conformément à la ligne défendue par le gouvernement depuis le printemps.
C'est une étape importante. Après des mois d'incertitude, de missions reparties sans accord, d'audits demandés, le pays retrouve un cadre avec ses partenaires financiers.
Mais la rentrée a eu un autre visage : celui des délestages. Privée d'environ trois cents mégawatts face à une demande proche de mille quatre cents, la société nationale d'électricité a organisé des coupures tournantes. Sa direction les attribue à la panne d'une centrale flottante, à celle d'une turbine et à des contraintes de trésorerie, et annonce un retour à la normale autour du 24 septembre. Des commerçants, des artisans, des familles ont vécu la rentrée à la bougie et au groupe électrogène.
Dans le même temps, dix centrales syndicales annoncent une grève de soixante-douze heures pour les 21, 22 et 23 octobre, en dénonçant la rupture du dialogue social. Et à New York, lors de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le chef de l'État multiplie les rencontres, tandis que la candidature de l'ancien président au secrétariat général de l'ONU reste en lice.
L'état des choses, en septembre, c'est un pays qui a obtenu la confiance de ses créanciers et qui doit maintenant obtenir celle de ses citoyens.
Ce que disent les textes
La loi de finances rectificative : le prix du passé
La loi de finances rectificative pour 2026 fixe le déficit à 7,6 % du produit intérieur brut et le service de la dette à environ 5 800 milliards de FCFA. Une grande banque internationale l'estime plutôt à 6 800 milliards, avec un déficit de 9,2 %. La dette publique, elle, reste évaluée autour de 132 % du PIB.
Une formule a circulé dans la presse, et elle résume tout : pour cent francs investis, cinquante-sept francs d'intérêts payés. Autrement dit, le pays consacre à rémunérer ses dettes passées plus de la moitié de ce qu'il consacre à préparer son avenir.
Ce que disent ces textes, c'est que les choix d'hier se paient aujourd'hui, et qu'ils se paient cher. L'accord avec le FMI ne supprime pas cette réalité. Il l'organise. Il donne du temps et un cadre, en échange d'une discipline budgétaire qui se traduira par des arbitrages : moins de dépenses ici, plus de recettes là.
La question que ces chiffres posent n'est pas technique. Elle est politique : qui portera l'effort ? Les contribuables déjà imposés, les fonctionnaires, les entreprises créancières de l'État, les bénéficiaires des subventions ? Une loi de finances est d'abord une réponse à cette question. Elle mérite d'être débattue comme telle.
Parole de bâtisseur
Les techniciens de la nuit
Quand le courant revient dans un quartier après des heures de coupure, personne ne se demande pourquoi. On rallume, on recharge, on reprend.
Derrière ce retour, il y a des équipes que personne ne voit. Des techniciens qui travaillent de nuit sur une turbine en panne. Des ingénieurs qui recalculent l'équilibre du réseau pour que les coupures soient réparties plutôt que concentrées. Des agents de dispatching qui décident, minute par minute, quel quartier sera privé de courant pour que l'hôpital ne le soit pas. Des monteurs qui grimpent aux poteaux sous la pluie de fin d'hivernage.
Ces femmes et ces hommes subissent la colère des usagers pour des défaillances qu'ils n'ont pas décidées : investissements différés, dettes accumulées, dépendance à des centrales louées. Et ce sont eux qui réparent.
Un pays qui veut sa souveraineté énergétique doit commencer par respecter ceux qui la font tenir, jour et nuit, avec ce qu'on leur donne.
La question qu'on n'ose pas poser
Qui décide de ce qui sera sacrifié ?
Il est rare qu'un État doive tenir en même temps trois engagements aussi exigeants : la rigueur demandée par ses créanciers, la paix sociale promise à ses travailleurs, et la continuité de services essentiels comme l'électricité. En septembre 2026, le Sénégal doit les tenir tous les trois.
Il ne pourra probablement pas les tenir entièrement. Quelque chose cédera, un peu ou beaucoup. C'est la réalité d'un pays qui consacre cinquante-sept francs d'intérêts pour cent francs investis.
La question qu'on n'ose pas poser n'est pas de savoir s'il y aura des sacrifices. Il y en aura. Elle est de savoir qui décide de leur répartition, et selon quels principes. Sera-ce décidé dans un bureau, entre techniciens et bailleurs ? Dans un hémicycle, entre factions rivales ? Ou sur la place publique, à la lumière, avec des citoyens informés de ce qu'on leur demande et de ce qu'on leur promet en échange ?
Un effort consenti se supporte. Un effort imposé se subit, puis se refuse. La différence entre les deux ne tient pas au montant. Elle tient à la manière de le demander.
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