Éthiopie-Érythrée : la rupture diplomatique referme une décennie de paix
Dix jours après une offensive armée dans le nord de l'Éthiopie, les deux pays rompent leurs relations diplomatiques et expulsent leurs diplomates.
Le fait
Le 1er octobre, les autorités éthiopiennes ont annoncé la fermeture de leur ambassade à Asmara et l'expulsion de dix diplomates érythréens de leur territoire. L'Érythrée a répondu dans les heures suivantes en déclarant la rupture totale de ses relations diplomatiques avec Addis-Abeba. La décision intervient dix jours après le déclenchement, le 22 septembre, d'une offensive armée dans le nord de l'Éthiopie attribuée à une nouvelle alliance anti-gouvernementale.
Le contexte
Les deux pays partagent une histoire marquée par une guerre dévastatrice entre 1998 et 2000, suivie de près de deux décennies de gel des relations, avant la conclusion d'un accord de paix en 2018 sous l'égide du Premier ministre Abiy Ahmed, accord qui lui valut le prix Nobel de la paix l'année suivante. Cette normalisation, saluée comme un tournant historique dans la Corne de l'Afrique, n'avait cependant jamais abouti à une coopération de fond ni à la démarcation définitive des frontières. Addis-Abeba accuse désormais Asmara de soutenir, directement et indirectement, la coalition armée qui a lancé l'offensive de septembre. La Corne de l'Afrique, déjà fragilisée par les séquelles du conflit du Tigré (2020-2022) et par les tensions persistantes entre l'Éthiopie et la Somalie, voit ainsi se rouvrir un foyer de déstabilisation régionale aux répercussions potentiellement larges.
Les angles
Africa News insiste sur la dimension militaire de la crise et sur la montée en puissance des combats dans le nord du pays, soulignant le risque d'une escalade généralisée. RFI Afrique apporte une précision chronologique déterminante en datant l'offensive du 22 septembre et en détaillant la séquence diplomatique : expulsion éthiopienne d'abord, riposte érythréenne ensuite. Les deux sources convergent sur la responsabilité mutuelle que s'imputent les deux capitales, sans que l'une ni l'autre ne dispose d'éléments permettant de trancher sur le fond des accusations. L'identité et la composition exacte de la « nouvelle alliance anti-gouvernementale » mentionnée par RFI Afrique restent, à ce stade, peu documentées dans la presse disponible.
La question Jubël
L'accord de paix de 2018 avait été célébré comme l'un des retournements diplomatiques les plus spectaculaires du continent, sans que ses fragilités structurelles, frontières non délimitées, méfiances persistantes entre appareils militaires, soient jamais véritablement résolues. Dans quelle mesure cette rupture révèle-t-elle que la réconciliation de 2018 n'avait recouvert qu'une trêve de circonstance, et quelles institutions régionales, Union africaine en tête, disposent aujourd'hui des leviers nécessaires pour éviter un retour à la guerre ouverte ?
Sources : Africa News (fr), RFI Afrique
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