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Politique

Fonds spéciaux : l'Assemblée et l'exécutif au Conseil constitutionnel

La réforme des fonds spéciaux cristallise un bras de fer entre le gouvernement et la majorité parlementaire, avec pour arbitre le Conseil constitutionnel.

Dessin de repli : Quand la majorité et le gouvernement ne s'entendent plus, il reste toujours un arbitre constitutionnel disponible.
Le dessin de JubëlQuand la majorité et le gouvernement ne s'entendent plus, il reste toujours un arbitre constitutionnel disponible.

Le fait

Le jeudi 1er octobre 2026, l'Assemblée nationale a adopté la proposition de loi organique n° 38/2026 portant modification du régime des fonds spéciaux, en écartant les amendements introduits par le gouvernement via le mécanisme du vote bloqué. Le texte est désormais déféré au Conseil constitutionnel, étape obligatoire pour toute loi organique, où l'exécutif espère obtenir une rectification en sa faveur.

Le contexte

Les fonds spéciaux désignent des enveloppes budgétaires dont l'emploi échappe aux procédures ordinaires de contrôle parlementaire et comptable. Hérités de pratiques anciennes, ils ont régulièrement concentré les critiques des organisations de la société civile et des cours des comptes africaines. La proposition de loi examinée visait à encadrer plus strictement ces dotations, mais les contours précis de la réforme ont fait l'objet d'un désaccord profond entre le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko et la majorité qui le soutient formellement à l'Assemblée. L'usage du vote bloqué par l'exécutif, procédure permettant d'imposer un texte sans amendement, n'a pas suffi à infléchir le vote des députés. Ce résultat illustre une tension interne au camp au pouvoir, rare dans les configurations parlementaires sénégalaises récentes, où la majorité tendait à suivre l'exécutif sans friction visible.

Les angles

Leral insiste sur la dimension procédurale, soulignant que le gouvernement a eu recours au vote bloqué sans parvenir à ses fins, ce qui constitue un précédent notable. SeneNews place l'épisode dans une séquence plus large de confrontations institutionnelles, rappelant que le président Bassirou Diomaye Faye et son camp ont déjà eu gain de cause devant le Conseil constitutionnel sur des textes litigieux. Par ailleurs, Leral rapporte les propos du député Guy Marius Sagna, figure de la gauche radicale et membre de la majorité, qui accuse l'exécutif de chercher à maintenir des dispositifs propices aux détournements, donnant à voir une ligne de fracture idéologique au sein même du bloc gouvernemental.

La question Jubël

Si la majorité parlementaire issue du même camp que le Premier ministre s'affranchit des consignes de l'exécutif sur un texte aussi sensible, jusqu'où cette autonomie peut-elle s'exercer sans remettre en cause la cohérence de la coalition au pouvoir ? Et le Conseil constitutionnel, sollicité à répétition comme régulateur des désaccords internes à la majorité, n'est-il pas en train de devenir un substitut aux arbitrages politiques que les institutions élues peinent à produire par elles-mêmes ?

Sources : Leral, SeneNews

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