Sénégal : l'exécutif et le Parlement, deux camps dans un même État
Une saisine du Conseil constitutionnel en pleine séance plénière révèle la profondeur du fossé entre la présidence et la majorité Pastef.
Le fait
En pleine session extraordinaire, le président Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel au moment précis où les députés s'apprêtaient à voter la proposition de loi de Pastef portant modification du Code pétrolier, gelant ainsi l'examen du texte. Le même jour, l'Assemblée nationale renvoyait en commission le projet de loi n°21/2026 relatif à la carte biométrique CEDEAO, autre texte inscrit à l'ordre du jour. Deux blocages en une seule séance.
Le contexte
Depuis la rupture consommée entre la présidence Kiraay et Pastef, parti qui détient pourtant la majorité parlementaire, chaque session devient un terrain d'affrontement procédural. La proposition de loi sur le Code pétrolier revêt une dimension stratégique évidente : elle touche au cadre juridique des ressources extractives, donc aux équilibres financiers et aux engagements contractuels avec les opérateurs internationaux. Le renvoi en commission du projet sur la carte biométrique CEDEAO, texte d'ordre plus technique, traduit de son côté une volonté de l'Assemblée de reprendre la main sur l'agenda législatif, y compris sur des dossiers d'intégration régionale. La multiplication de ces passes d'armes procédurales signale que le désaccord n'est plus conjoncturel : il est structurel.
Les angles
SeneNews met en avant la dimension tactique de la saisine présidentielle, soulignant le soin apporté au calendrier, une intervention au moment le plus disruptif pour la majorité parlementaire. Le Quotidien insiste sur la répétition du phénomène, qualifiant la plénière de mardi de nouvel épisode d'une confrontation devenue quasi routinière. Leral, pour sa part, se concentre sur le volet technique du renvoi en commission de la carte biométrique CEDEAO, sans entrer dans les arrière-plans politiques, laissant transparaître un traitement plus institutionnel du même feuilleton.
La question Jubël
Lorsque le parti majoritaire au Parlement et le chef de l'État issu du même camp politique se font face comme deux puissances adverses, la question n'est plus celle de la cohabitation au sens classique du terme : quels mécanismes constitutionnels ou politiques permettraient de sortir d'une paralysie où chaque camp dispose des outils pour bloquer l'autre indéfiniment ? Et jusqu'à quel point une telle configuration, inédite dans l'histoire institutionnelle sénégalaise récente, peut-elle coexister avec la stabilité des engagements internationaux du pays, notamment en matière pétrolière et d'intégration régionale ?
Sources : SeneNews, Le Quotidien, Leral
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