Zircon en Casamance : enjeux de souveraineté et de justice locale
À Ziguinchor, la coalition « Publiez ce que vous payez » entend faire des communautés riveraines des actrices à part entière de la chaîne du zircon.
Le fait
Le 27 septembre 2026, à Ziguinchor, la coalition nationale « Publiez ce que vous payez » a présenté une étude sur le potentiel du zircon dans la région de Casamance et annoncé un programme de formation destiné aux communautés vivant à proximité des zones d'exploitation, notamment à Niafran et à Kabadio. L'objectif affiché est de renforcer leurs capacités de négociation face aux opérateurs miniers.
Le contexte
Le zircon, minéral réfractaire aux propriétés thermiques et chimiques recherchées, s'impose progressivement comme une ressource stratégique dans le contexte de la transition énergétique mondiale : il entre dans la fabrication de céramiques techniques, de réacteurs nucléaires de nouvelle génération et de composants pour les énergies renouvelables. La région de Ziguinchor, dont le sous-sol recèle des gisements identifiés, se trouve ainsi projetée dans une compétition internationale pour les minéraux critiques, sans que ses populations aient jusqu'ici disposé des outils juridiques et économiques pour peser dans les décisions qui les concernent. Le Sénégal, engagé depuis 2024 dans une politique de souveraineté sur ses ressources naturelles, n'a pas encore défini de cadre spécifique aux minéraux critiques distincts des hydrocarbures. Les communautés locales, souvent premières affectées par les impacts environnementaux et fonciers, demeurent structurellement absentes des négociations contractuelles.
Les angles
Le Soleil insiste sur la dimension géopolitique du dossier, présentant Ziguinchor comme un nœud de la « bataille du zircon » et liant explicitement l'enjeu minier à la souveraineté économique nationale. Senego met davantage l'accent sur la valorisation locale, soulignant la nécessité d'intégrer les communautés à la chaîne industrielle plutôt qu'au seul versant compensatoire. L'APS, de son côté, détaille le volet opérationnel : formations aux techniques de négociation, ciblage des localités directement exposées, ancrage territorial de la démarche. Les trois sources convergent sur l'urgence d'un rééquilibrage des rapports de force, sans que l'une d'elles interroge les modalités concrètes de cet rééquilibrage.
La question Jubël
La formation à la négociation suffit-elle à modifier structurellement la position des communautés, ou ne constitue-t-elle qu'un accompagnement à la marge d'un rapport de force déjà fixé par les contrats d'exploration en cours ? Et dans quelle mesure le cadre législatif sénégalais actuel permet-il réellement aux populations locales de disposer d'un droit de veto ou d'un mécanisme de partage équitable des revenus issus de ces minéraux critiques ?
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