Sénégal : après Sonko, l'exécutif se recompose dans la tension
Quatre mois après le limogeage d'Ousmane Sonko, le camp présidentiel attire des ralliements en cascade tandis que des voix internes à Pastef dénoncent un blocage institutionnel.
Le fait
Depuis le limogeage d'Ousmane Sonko le 22 mai 2026, la scène politique sénégalaise est traversée par un double mouvement : des ralliements continus vers le camp du président Bassirou Diomaye Faye, et une contestation croissante en provenance de l'intérieur même de Pastef. El Malick Ndiaye, premier vice-président de l'Assemblée nationale et vice-président du parti, a pris publiquement la parole pour dresser un diagnostic sévère de la situation. Par ailleurs, le président Faye a lui-même exposé les raisons ayant motivé la nomination d'Al Aminou Lo à la Primature, évoquant des divergences persistantes avec son prédécesseur.
Le contexte
La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko constitue la ligne de fracture centrale de la vie politique sénégalaise depuis le printemps 2026. Sonko avait été désigné, selon El Malick Ndiaye, comme le concepteur d'un projet politique dont Faye n'était initialement que le « passeur », chargé de porter la candidature en raison de l'inéligibilité du leader. La destitution de Sonko a donc rompu une logique de délégation qui structurait l'identité même du mouvement. Dans ce contexte reconfiguré, le président Faye consolide son autorité en attirant d'anciens cadres de Pastef, des élus de l'APR et des responsables locaux issus de diverses familles politiques, redessinant la carte des allégeances région par région.
Les angles
Senego et Dakaractu rapportent les déclarations d'El Malick Ndiaye, qui décrit un pays « en pause » et dénonce une « transhumance à outrance », pointant des interrogations sur les conditions de nominations récentes. Dakaractu approfondit la dimension historique en restituant le récit que fait Ndiaye de la désignation originelle de Faye, présentée comme une décision contrainte et provisoire. SeneNews, de son côté, documente l'ampleur des ralliements au camp présidentiel et, dans un article réservé aux abonnés, rapporte que le chef de l'État a lui-même justifié publiquement la nomination du nouveau Premier ministre par des divergences de fond avec Sonko. La presse trace ainsi deux lignes narratives parallèles : la recomposition par le haut, orchestrée par la présidence, et la résistance par le bas, portée par des cadres du parti fondateur.
La question Jubël
Si Bassirou Diomaye Faye gouverne désormais sans l'architecte du projet qui l'a porté au pouvoir, dans quelle mesure ce projet demeure-t-il le référentiel de son action, ou s'est-il transformé en une plateforme autonome dont la présidence définit seule le contenu ? La transhumance dénoncée par El Malick Ndiaye signe-t-elle une normalisation du pouvoir sénégalais, ou révèle-t-elle que la rupture promise en 2024 n'a pas résisté à l'épreuve de gouverner ?
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