Au Sénégal, la rupture Faye-Sonko recompose l'exécutif
Bassirou Diomaye Faye assume publiquement l'éviction d'Ousmane Sonko, tandis que des voix internes à Pastef expriment leur inquiétude.
Le fait
Dans un entretien accordé à RFI et France 24, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a confirmé que « la rupture de confiance » avec Ousmane Sonko l'avait conduit à lui substituer un nouveau Premier ministre, Al Aminou Lo. Cette déclaration publique, rare par son caractère direct, marque une étape décisive dans la formalisation d'une fracture au sommet de l'exécutif sénégalais.
Le contexte
Depuis leur accession conjointe au pouvoir à l'issue des élections de mars 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnaient un tandem indissociable, fondé sur une relation politique et idéologique construite de longue date au sein du Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l'Éthique et la Fraternité (Pastef). La cohabitation à la tête de l'exécutif entre un président élu et un Premier ministre fondateur du principal mouvement de soutien constituait, par nature, une configuration à fortes tensions latentes. La nomination d'Al Aminou Lo à la Primature signale que le président entend désormais exercer une autorité exécutive dégagée de la tutelle du parti fondateur. Les « divergences persistantes » évoquées par SeneNews, sans que leur contenu programmatique soit précisé, laissent entrevoir un désaccord de fond sur l'orientation de la gouvernance.
Les angles
Senego centre son traitement sur la parole présidentielle elle-même, citant la formulation de Faye sur la « rupture de confiance », ce qui confère à l'éviction une dimension personnelle et assumée. SeneNews, dans un article réservé aux abonnés, privilégie les « dessous » institutionnels de la nomination, suggérant des tractations moins visibles. Depuis l'Italie, El Malick Ndiaye, premier vice-président de l'Assemblée nationale et cadre de Pastef, adopte quant à lui un registre alarmiste : il dépeint un Sénégal « en pause », dénonce une « transhumance à outrance » dans les nominations administratives et juge la situation « extrêmement grave ». Ce positionnement d'un responsable du parti encore au pouvoir illustre la profondeur des lignes de fracture désormais visibles au sein de la majorité.
La question Jubël
Un parti fondé sur la rupture avec les pratiques de l'ancienne gouvernance peut-il survivre politiquement à une rupture interne de cette ampleur sans perdre la cohérence du récit qui l'a porté au pouvoir ? Et dans quelle mesure la normalisation de l'autorité présidentielle, au détriment du parti fondateur, reproduit-elle les schémas de verticalisation du pouvoir que Pastef avait précisément érigés en repoussoir ?
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