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Économie

Banane et oignon : le Sénégal double la durée de fermeture de ses frontières

Portée à six mois, la restriction aux importations de bananes suscite une plainte devant la CEDEAO et interroge les équilibres du marché régional.

Dessin de repli : Souveraineté alimentaire : ouverte aux principes régionaux, fermée aux bananes.
Le dessin de JubëlSouveraineté alimentaire : ouverte aux principes régionaux, fermée aux bananes.

Le fait

Le gouvernement sénégalais a décidé de porter de trois à six mois la durée de fermeture de ses frontières aux importations de bananes, doublant ainsi la mesure appliquée l'année précédente. La filière oignon bénéficie d'une protection similaire. Ces décisions, défendues publiquement par le ministre de l'Industrie et du Commerce Serigne Gueye Diop, ont conduit à l'introduction d'une plainte auprès de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Le contexte

La filière bananière sénégalaise souffre depuis plusieurs années d'une concurrence jugée déloyale de la part des importations en provenance de Côte d'Ivoire, dont les volumes et les prix pèsent sur les producteurs locaux. La fermeture temporaire des frontières constitue un instrument protectionniste classique, utilisé en période de récolte nationale pour permettre à la production locale d'occuper le marché sans pression extérieure. Le passage de trois à six mois marque une intensification de cette logique, que le ministère présente comme le fruit d'une coordination renforcée entre les départements de l'Industrie et du Commerce d'une part, et de l'Agriculture d'autre part. L'oignon, filière stratégique dans plusieurs régions du pays, s'inscrit dans la même démarche de substitution aux importations.

Les angles

Dakaractu met en avant la dimension interministérielle de ces mesures, les présentant comme un exemple de coopération gouvernementale au service de la souveraineté alimentaire. Senego insiste davantage sur la tension diplomatique engendrée par la décision, en signalant la plainte déposée devant la CEDEAO, dont les textes fondateurs prônent la libre circulation des marchandises entre États membres. Cette friction entre impératif national et cadre régional n'est pas traitée de façon symétrique par les deux sources, les unes valorisant la protection, les autres pointant les risques de contentieux.

La question Jubël

Si le doublement de la durée de fermeture témoigne d'une volonté affirmée de protéger les producteurs locaux, on peut se demander si l'État dispose d'une évaluation rigoureuse de l'impact de ces restrictions sur les consommateurs sénégalais, en particulier les ménages à revenus modestes pour qui la disponibilité et le prix des denrées restent des variables critiques. Par ailleurs, la plainte devant la CEDEAO soulève une question de fond : jusqu'où un État membre peut-il mobiliser le droit commercial national sans éroder la crédibilité de l'intégration régionale qu'il prétend par ailleurs soutenir ?

Sources : Senego, Dakaractu

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