Candidature de Macky Sall à l'ONU : Diomaye Faye entre deux feux
Le soutien présidentiel à l'ancien chef de l'État déclenche une vague de critiques venues d'horizons politiques et civils distincts.
Le fait
Le président Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé, dans un entretien accordé à RFI et France 24, son soutien à la candidature de l'ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Cette prise de position, assumée publiquement, a immédiatement suscité des réactions de plusieurs acteurs politiques et de la société civile sénégalaise.
Le contexte
La candidature de Macky Sall à la tête de l'ONU s'inscrit dans un contexte où le Sénégal traverse une transition politique marquée par l'arrivée au pouvoir, en 2024, de Bassirou Diomaye Faye, porté par une coalition qui avait largement fondé sa légitimité sur une critique du bilan de l'ancien régime. Entre 2021 et 2024, des violences politiques avaient causé des morts et des blessés, donnant naissance à des collectifs de victimes qui attendent toujours vérité et réparation. C'est précisément ce passé récent que les organisations de victimes convoquent pour contester la légitimité internationale de l'ancien chef de l'État. Le soutien de Diomaye Faye à son prédécesseur est ainsi perçu, par une partie de son propre électorat, comme une rupture avec les engagements initiaux de rupture.
Les angles
Leral rapporte la charge du leader du Mouvement OSYS, Oumar Osys Sow, qui va jusqu'à employer le terme de « haute trahison » pour qualifier l'attitude du chef de l'État. SeneNews documente la réaction coordonnée de trois organisations, dont le Collectif des familles des martyrs et l'Initiative zéro impunité, qui réaffirment leur exigence de justice et contestent toute consécration internationale de Macky Sall avant que des comptes ne soient rendus. Senego donne la parole à Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, qui rappelle les critiques formulées sur le bilan de l'ancien régime en matière de droits humains. SeneNews relate par ailleurs la prise de position de la députée Maimouna Bousso, qui, dans un registre plus virulent, appelle à « tirer un trait » sur le président actuel, révélant que la fracture n'est pas seulement civile mais aussi parlementaire.
La question Jubël
Le soutien de Diomaye Faye à Macky Sall relève-t-il d'un calcul diplomatique destiné à renforcer le profil international du Sénégal, ou traduit-il une conception de la solidarité entre chefs d'État qui s'affranchit des exigences de justice transitionnelle portées par une partie de la société civile ? Et si ce choix révèle une tension structurelle entre gouvernance internationale et redevabilité intérieure, à quel moment les engagements électoraux cèdent-ils face aux impératifs de la raison d'État ?
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