Restructuration de la dette sénégalaise : entre New York et Dakar, le débat s'installe
Le recours au Cadre commun du G20 annoncé par Diomaye Faye divise experts et marchés, tandis que les banques régionales retiennent leur souffle.
Le fait
En marge de l'Assemblée générale des Nations unies, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a confirmé, dans un entretien accordé à France 24 et RFI, le recours du Sénégal au Cadre commun du G20 pour le traitement de sa dette extérieure. Cette annonce, formulée depuis New York, a immédiatement suscité des réactions à Dakar, notamment de la part d'anciens responsables économiques du pays.
Le contexte
Le Cadre commun du G20, institué en 2020 pour coordonner les restructurations de dette des pays à faible revenu, n'a été mobilisé jusqu'ici que par un nombre très limité d'États, dont le Zambie, l'Éthiopie et le Ghana, avec des délais de négociation souvent longs et des résultats mitigés. Pour le Sénégal, dont la situation budgétaire s'est révélée plus dégradée qu'anticipée à la suite des audits menés par le nouveau gouvernement, ce choix traduit une volonté de renégociation globale. L'enjeu dépasse la simple mécanique financière : il touche à la crédibilité du pays sur les marchés internationaux, à la continuité du service de la dette en francs CFA, et à la solidité des établissements bancaires régionaux exposés aux titres souverains sénégalais. L'agence S&P estime que les grandes banques africaines demeurent globalement à l'abri, mais souligne que l'exclusion de la dette libellée en francs CFA du périmètre de restructuration n'est pas garantie, ce qui place les banques ivoiriennes dans une position de vulnérabilité particulière.
Les angles
Jeune Afrique adopte une lecture à double entrée : d'un côté la dimension diplomatique du déplacement onusien du chef de l'État, de l'autre l'analyse technique des risques pour le secteur bancaire régional, appuyée sur l'évaluation de S&P. Senego, plus ancré dans le débat politique intérieur, met en avant la contestation exprimée par Abdourahmane Sarr, ancien ministre de l'Économie, qui remet en question l'orientation retenue. Cette divergence de traitement illustre un clivage plus large : la presse panafricaine suit le dossier sur le plan des marchés, tandis que la presse sénégalaise en saisit d'abord les implications politiques internes.
La question Jubël
Le Cadre commun du G20 est réputé pour ses délais de mise en œuvre étirés et ses effets d'incertitude prolongée sur l'accès aux marchés, comme l'ont montré les expériences zambienne et ghanéenne. Dans ce contexte, la question qui mérite d'être posée est la suivante : le gouvernement sénégalais a-t-il évalué le coût politique et économique d'une période d'incertitude prolongée, potentiellement plus pénalisante pour les ménages et les investisseurs que la trajectoire budgétaire qu'il cherche précisément à corriger ?
Sources : Jeune Afrique, Senego, Jeune Afrique
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