Dossier PSD : 95 milliards détournés avant même le premier coup de pioche
Une enquête détaille comment des fonds destinés au Trésor sénégalais ont transité par des comptes privés, au cœur d'un projet d'infrastructure relancé.
Le fait
Selon une enquête publiée par Dakaractu, le banquier Moustapha Sow aurait encaissé, de manière indue, 95 milliards de francs CFA destinés au Trésor public sénégalais, dans le cadre du dossier dit PSD. Ces fonds, issus d'un crédit export de 774 millions d'euros accordé par le gouvernement britannique via la banque MUFG UK, auraient transité par la société ASGC Sénégal, contrôlée par Sow et son associé britannique Paul Woodman, au lieu d'être versés directement dans les livres du Trésor. Le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, a entre-temps conduit des pourparlers à Dubaï en vue d'une relance du projet.
Le contexte
Le projet PSD, longtemps à l'arrêt et traité sous silence dans les couloirs de l'administration, ressurgit aujourd'hui à la faveur d'une volonté politique affichée par le nouveau pouvoir, qui y voit un levier stratégique en matière d'infrastructures. Mais la relance intervient dans un contexte alourdi par un passif présumé de détournements, documenté selon Dakaractu par les corps de contrôle de l'État. La structure de montage financier mise en cause est d'une complexité notable : un crédit souverain britannique, une banque japonaise de premier rang, une société-écran londonienne et une entité sénégalaise ont constitué la chaîne par laquelle les fonds auraient transité sans atteindre leur destinataire légal. Les montants en jeu, 507 milliards de francs CFA au total pour le crédit export, confèrent à l'affaire une dimension qui dépasse le seul cadre national.
Les angles
Dakaractu traite le sujet en deux registres distincts, mais publiés simultanément : d'un côté, une enquête factuelle à épisodes reconstituant le circuit financier présumé ; de l'autre, une analyse politique portant sur les risques que fait peser ce passif sur les ambitions de relance du ministre Déthié Fall. L'enquête s'appuie sur des documents administratifs et des éléments transmis par les corps de contrôle, sans qu'une mise en examen ou une décision judiciaire formelle ne soit explicitement mentionnée à ce stade. La presse institutionnelle reste, à l'heure des dépêches, silencieuse sur le volet financier du dossier.
La question Jubël
Si les corps de contrôle de l'État disposaient depuis un temps de ces éléments de documentation, pourquoi la publication de ces révélations coïncide-t-elle précisément avec la relance politique du projet ? La chronologie soulève une interrogation de fond : dans quelle mesure la justice suit-elle ici son cours propre, et dans quelle mesure sert-elle d'instrument de cadrage à une négociation dont le public ne voit pas encore tous les termes ?
Sources : Dakaractu, épisode 1, Dakaractu, relance du PSD
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