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Société

État civil au Sénégal : 54 000 candidats sans identité administrative

Le premier Forum national sur l'état civil révèle l'ampleur des défaillances d'un service dont dépend l'accès à tous les droits.

Dessin de repli : La dématérialisation d'un droit suppose d'abord que ce droit ait été matérialisé quelque part.
Le dessin de JubëlLa dématérialisation d'un droit suppose d'abord que ce droit ait été matérialisé quelque part.

Le fait

À l'occasion du premier Forum national sur l'état civil tenu à Dakar, les autorités ont établi que 54 462 candidats au Certificat de fin d'études élémentaires (CFEE) ne disposaient d'aucun acte de naissance. Ce chiffre, issu d'un recensement officiel, illustre l'étendue d'une défaillance administrative qui touche les enfants en âge de scolarité et, partant, leur accès futur aux droits civiques et sociaux.

Le contexte

L'état civil constitue le socle de toute existence juridique : sans acte de naissance, un individu ne peut ni se marier légalement, ni voter, ni accéder aux soins de santé publics dans les conditions ordinaires, ni poursuivre sa scolarité au-delà des premiers examens. Au Sénégal, les difficultés d'enregistrement à la naissance se concentrent dans les zones rurales éloignées des centres d'état civil, mais elles affectent aussi des quartiers périphériques urbains. Les registres existants posent un problème supplémentaire : leur localisation et leur conservation restent aléatoires, rendant les procédures de régularisation longues et incertaines. Des soupçons de fraude documentaire ont également été signalés lors du forum, ajoutant une dimension d'intégrité à ce qui relevait jusqu'ici d'une simple question logistique.

Les angles

Senego met en avant le chiffre brut issu du forum et souligne le problème des archives, sans développer les pistes de réponse. Dakaractu s'appuie sur des éléments de L'Observateur pour présenter la numérisation comme la réponse privilégiée par les pouvoirs publics, tout en signalant que son déploiement se heurte à des contraintes à la fois financières et juridiques. Les deux sources convergent sur le constat d'un système fragilisé, mais aucune n'interroge la responsabilité institutionnelle accumulée sur plusieurs décennies, ni les mécanismes de contrôle qui auraient dû prévenir cette situation.

La question Jubël

La numérisation est régulièrement présentée comme la solution aux lacunes de l'état civil, mais sa mise en œuvre suppose une infrastructure stable, des agents formés et un cadre légal adapté : autant de prérequis qui manquent précisément là où la couverture est la plus défaillante. Dès lors, la question qui se pose est la suivante : la transition numérique peut-elle combler des décennies de sous-investissement dans les capacités humaines et matérielles des centres d'état civil, ou risque-t-elle de reproduire, sous une forme modernisée, les mêmes inégalités d'accès ?

Sources : Senego, Dakaractu

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