Sahel : deux attaques meurtrières en quinze jours, deux armées en difficulté
Entre Dioura et le Tillabéri, les forces armées du Mali et du Niger encaissent des pertes sévères qui interrogent la viabilité de leurs dispositifs.
Le fait
Le 10 septembre, le camp militaire de Dioura, au Mali, a été attaqué pour la cinquième fois en sept ans : plus d'une centaine de soldats des Forces armées maliennes ont péri, selon Jeune Afrique. Le 23 septembre, au Niger, des soldats engagés dans une opération de récupération de bétail volé ont affronté dans le Tillabéri des combattants « lourdement armés », qualifiés de « mercenaires » par le ministère de la Défense nigérien, qui ne communique pas de bilan précis.
Le contexte
Le Tillabéri et la région de Mopti, dont dépend Dioura, forment deux des épicentres de l'insécurité sahélienne depuis le milieu de la décennie 2010. Ces territoires frontaliers, peu peuplés et difficiles d'accès, constituent des zones de repli et de circulation pour les groupes armés affiliés à Al-Qaïda ou à l'État islamique au Grand Sahara. Le Mali et le Niger, tous deux gouvernés par des juntes militaires depuis leurs coups d'État respectifs, ont refondé leur posture sécuritaire autour d'une rupture avec les partenaires occidentaux et d'un rapprochement avec la Russie, notamment à travers le groupe Wagner, devenu Africa Corps. Malgré ces repositionnements stratégiques, les pertes au combat restent élevées et les populations civiles continuent de subir enlèvements et pillages, comme l'illustre l'incident du Tillabéri.
Les angles
Jeune Afrique traite les deux événements comme des révélateurs distincts : l'attaque de Dioura est présentée comme un symptôme des failles structurelles de l'état-major malien, tandis que l'incident du Tillabéri est rapporté avec la prudence qu'impose l'opacité du communiqué officiel nigérien. Le terme « mercenaires » employé par Niamey pour désigner les assaillants reste non étayé et soulève des questions sur la nature exacte des groupes engagés. Aucune source indépendante locale n'est citée, ce qui reflète les contraintes croissantes pesant sur le journalisme de terrain dans ces zones.
La question Jubël
À mesure que les juntes sahéliennes consolident leur contrôle politique intérieur, leurs armées continuent de subir des revers opérationnels que les nouveaux partenariats sécuritaires ne semblent pas enrayer. La question qui s'impose est alors la suivante : la reconfiguration des alliances extérieures modifie-t-elle réellement les capacités de combat au sol, ou ne fait-elle que déplacer les dépendances sans réduire la vulnérabilité des soldats et des civils ?
Sources : Jeune Afrique, Dioura, Jeune Afrique, Tillabéri
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